mercredi 23 mai 2018

Les vêtements et objets personnels de Frida Kahlo à Londres - Eté 2018




Le musée d’art et design Victoria & Albert à Londres accueille cet été une exposition de plus de 200 vêtements et objets intimes de Frida Kahlo



Ces « petites choses » du quotidien de l’artiste n’ont jamais été exposées auparavant et offrent une nouvelle perspective sur l’histoire fascinante de cette femme peintre.


Conservés dans son humble demeure, la Maison Bleue à Mexico, par son mari Diego Rivera, plus de 200 objets personnels sont ainsi présentés tout l’été 2018.


Sa vie : une vie de souffrance et l'art contre la souffrance

L’autoportrait devient sa technique favorite après l'accident de bus dévastateur dont elle est victime à 18 ans et qui lui laissera de graves séquelles. Alitée pendant de longs mois, elle peint à l’aide d’un miroir placé au-dessus de son lit. Son reflet lui sert de modèle et son art lui permet de surmonter les souffrances liées à son handicap.


Des objets précieux pour une exposition exceptionnelle

Tous ces objets : tenues, lettres et bijoux enclos dans des débarras et des armoires, ont été découverts en 2004, soit cinquante ans après la mort de l'artiste en 1954. 

On retrouve les vêtements de sa collection comme le célèbre resplandor, une coiffe en dentelle portée par les femmes de la société matriarcale de l’isthme de la région de Tehuantepec dans le sud du Mexique, qu'elle arbore elle-même sur un autoportrait, des vêtements colorés comme les enaguas et les holanes, des jupes longues à volants ou des rebozos, les châles traditionnels mexicains. 

Des perles de jade précolombiennes que Frida enfilait sont exposées aux côtés de corsets et prothèses que lui imposait son handicap et qu’elle a peints à la main.


Côté cosmétique, on trouve le crayon à sourcils Ebony, toujours dans son emballage d’origine, que l'artiste utilisait pour accentuer son emblématique monosourcil, ainsi que son rouge à lèvres préféré Everything’s Rosy de Revlon. Ses fards aux couleurs vives illuminent les célèbres portraits du photographe Nickolas Muray, où l’on reconnaît certains des vêtements exposés.



On verra également ses prothèses et corsets, peints et décorés, tels que Frida les portait au quotidien.




Frida Kahlo : Making Her Self Up, au Musée Victoria & Albert, musée d’art et design à Londres, du 16 juin au 4 novembre 2018.

vendredi 9 mars 2018

Pour écrire un seul vers...



 


Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes et de choses, il faut connaître les animaux, il faut sentir comment volent les oiseaux et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s’ouvrant le matin.

Il faut pouvoir repenser à des chemins dans des régions inconnues, à des rencontres inattendues, à des départs que l’on voyait longtemps approcher, à des jours d’enfance dont le mystère ne s’est pas encore éclairci, à ses parents qu’il fallait qu’on froissât lorsqu’ils vous apportaient  une joie et qu’on ne la comprenait pas ( c’était une joie faite pour un autre ), à des maladies d’enfance qui commençaient si singulièrement, par tant de profondes et graves transformations, à des jours passés dans des chambres calmes et contenues, à des matins au bord de la mer, à la mer elle-même, à des mers, à des nuits de voyage qui frémissaient très haut et volaient avec toutes les étoiles - et il ne suffit même pas de savoir penser à tout cela. 

Il faut avoir des souvenirs de beaucoup de nuits d’amour, dont aucune ne ressemblait à l’autre, de cris de femmes hurlant en mal d’enfant, et de légères, de blanches, de dormantes accouchées qui se refermaient. 

Il faut encore avoir été auprès de mourants, être resté assis auprès de morts, dans la chambre, avec la fenêtre ouverte et les bruits qui venaient par à-coups.

Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux, et il faut avoir la grande patience d’attendre qu’ils reviennent. 

Car les souvenirs ne sont pas encore cela. 

Ce n’est que lorsqu’ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu’ils n’ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous, ce n’est qu’alors qu’il peut  arriver qu’en une heure très rare, du milieu d’eux, se lève le premier mot d’un vers.

Laurent Terzieff dit Rainer Maria Rilke / Pour écrire un seul vers (1910) / Les Cahiers de Malte.