lundi 4 janvier 2016

Michel Delpech amoureux du Christ







Michel Delpech, qui enchaînait les tubes dans les années 1960 et 1970 vient de mourir d'un cancer à 69 ans. Je l'avais rencontré en décembre 2013, après la parution de son livre J'ai osé Dieu, dans lequel il confessait un vieux secret : il était amoureux du Christ. 

«Laisse les morts enterrer leurs morts.» Ces paroles de Jésus, dans  l'Évangile, le touchent. Profondément. «Il faut être dans la vie»,  insiste-t-il. À près de 68 ans, Michel Delpech se relève doucement d'un  cancer de la langue.

Une nouvelle épreuve, plus de trente ans après une grave dépression qu'il juge aujourd'hui étonnamment «plus dure encore que la souffrance physique». Il l'avait vécue comme «une violente plongée en enfer» qu'il a appris « après coup à reconnaître comme un bien».

Il sourit. Apaisé. Fort de la foi qui l'anime depuis son enfance. Mais qu'il vient seulement de confesser publiquement dans un petit livre bouleversant : J'ai osé Dieu. Oui, le chanteur populaire qui enchaîna les tubes dans les années 1960 et 1970 - Chez Laurette, Pour un flirt, Que Marianne était jolie, Le Loir-et-Cher... - l'avoue. Il a «probablement toujours été chrétien».

Il le taisait. Peur des railleries. Crainte d'ennuyer son auditoire. De dévoiler ce qu'il a de «bien plus intime que sa vie privée. Je ne voulais pas non plus jouer le chrétien de service dans mon métier».

Aujourd'hui, il franchit le pas. «Si je m'en allais sans jamais en avoir parlé, j'aurais des regrets.» Et l'homme n'est pas du style à nourrir des regrets. Même si la vedette paye aujourd'hui les excès de son ancienne vie de star et les ravages du tabac.

Près de quarante ans que Michel Delpech mène cette «double vie de paillettes et de croyant». Qu'il partage son intimité, derrière la scène, avec un «guide», un «ami», un «frère» nommé Jésus.

Son «Dieu». Un Dieu dont il s'était éloigné pendant une quinzaine d'années, de l'adolescence à la trentaine, avant d'être « happé » par letémoignage d'un moine, à la télé, au début des années 1980. Il écrit alors à cet ex-junkie devenu bénédictin à l'abbaye normande de Saint-Wandrille.

Odon le reçoit et achève de le « réconcilier avec le christianisme », lui qui a tâté toutes les spiritualités en vogue dans le monde du spectacle, du bouddhisme à la méditation transcendantale.

Il lui conseille des lectures. Et la star des années yé-yé dévore les écrits de Jean de La Croix, François de Sales, Thérèse de Lisieux, du starets Silouane... Il échange aussi avec le philosophe Gustave Thibon. «Tellement magnifique.»

En 1985, c'est LA «rencontre». Michel vient d'épouser Geneviève. Un mariage religieux à l'Église copte. Le couple se rend à Jérusalem. Et là, au Saint-Sépulcre, «devant le tombeau du Christ, je me suis agenouillé et Jésus est entré dans ma vie, dans mon cœur. C'était très doux. J'ai vraiment ressenti que je revenais vers lui. Comme des épousailles», raconte-t-il.

Il ne s'en étonne guère. D'accord pour dire, comme le poète Paul Éluard, qu'«il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous».

Dieu et lui ne se sont plus quittés depuis. En «ingrat», il l'engueule parfois, mais, le plus souvent, il le prie. «Une petite conversation directe qui n'est pas si simple que ça.» Pourtant, croit-il, «Dieu attend toujours que nous venions à lui. Il n'est pas rancunier. Il nous reçoit même si on le fait patienter».

« Il faut parfois aller au bord du gouffre. » Il reprend : «Tout nous est proposé. Les épreuves comme les joies. Le cancer m'a fait comprendre qu'il ne fallait plus fumer. Il faut parfois aller jusqu'au bord du gouffre...» Sa foi l'a aidé à ne pas sombrer. Chrétien, Michel Delpech, aussi à l'aise chez les coptes que chez les catholiques, ne se revendique d'aucune église en particulier, à cheval entre orthodoxes et catholiques.

«Je le regrette, mais c'est comme ça. Leurs différences ne sont pas importantes pour moi, estime-t-il. Ce qui est important, c'est l'amour.»

«Aimer, c'est le vrai, le seul travail. Quand on aime, on ne fait plus d'erreurs. C'est la sagesse suprême. Ah, si je pouvais appliquer la maxime de saint Augustin : Aime et fais ce qui te plaît ».

Une leçon de vie ? «Je fais ce que je peux... Je ne cherche pas à en donner. Je reste quelqu'un d'anxieux.» L'homme de foi s'avoue toujours «rongé par le doute». La chanson dont il est le plus fier n'est-elle pas Quand j'étais chanteur ? Ne l'est-il plus ? «J'ai encore
une ou deux chansons qui m'attendent. J'ignore si je les interpréterai un jour. Le cancer a attaqué mon instrument de travail...»

Son regard se voile. Mais la maladie n'a pas altéré sa quête spirituelle. «Aimer Jésus» est sa plus belle chanson d'amour, dit-il.Celle qu'il n'a pas encore osé chanter.

Un article de François Vercelletto pour Ouest France

J'ai osé Dieu, Presses de la Renaissance, 126 pages, 14,90 €.